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| L’énergie éolienne en France : le choix d’un mode de développement et ses conséquences |
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| Écrit par T.S. | |||||||
| Vendredi, 29 Juin 2012 16:06 | |||||||
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L’éolien… Qu’en pensez-vous ?
La transition énergétique (dont nous sommes sans doute loin[1]), et de manière générale la politique énergétique, seront très vraisemblablement des questions majeures du quinquennat, et plus largement des décennies à venir, à moins – on peut rêver – d’une rupture technologique majeure. Le développement de l’éolien, en terre comme en mer, fait partie des réponses envisagées. En France, quelques 4000 éoliennes installées à ce jour génèrent ainsi environ 2% de la consommation électrique du pays[2], pour une puissance de plus de 6000MW. Des permis pour 4000MW supplémentaires ont été accordés, représentant une moitié de l’objectif national à l’horizon 2020 (19GW), et autant sont en instruction[3]. Comme dans d’autres pays[4], l’éolien fait débat : coût, pertinence, impact environnemental. Dans un contexte de restriction budgétaire et de volonté de concertation, on peut et on doit s’interroger sur le potentiel d’amélioration du modèle de développement actuellement en place dans l’éolien, tant du point de vue de l’efficience que de l’acceptabilité. Pour le coup, un peu de rigueur serait sans doute bienvenue. Vent’ privéDu fait de la garantie de rachat de la production par le gestionnaire de réseau (environs 82ct€/kWh produit, garantis sur 10 à 15 ans[5]), l’éolien génère deux types de revenus à la légitimité discutable : ● Aux propriétaires de terrains ventés : en “compensation” d’un bail portant sur une sous parcelle d’un millier de mètres carrés environ, propriétaire et exploitant agricole (si distincts) vont se partager pendant la durée de vie du parc des sommes théoriquement comprise entre 1200 et 1600€[6] /an, avoisinant en réalité généralement les 4000€/MW installés, soit 8000 à 12000€ par turbine et par an selon la puissance des machines[7]. Bienfait de la concurrence, plus le site est prisé plus les enchères montent pour le précieux foncier. L’importance des indemnisations n’est pas cohérente avec la perte de production agricole. ● Aux propriétaires des moyens de production : les bénéfices des revenus de l’exploitation, sous la forme d’éventuels dividendes, profitent aux actionnaires des sociétés d’exploitation des parcs, qui financent l’achat des aérogénérateurs et leur entretien. Aubaine verteDans une telle configuration, les sociétés de développement, lorsqu’il ne s’agit pas des exploitants finaux (c’est souvent le cas[8]), bénéficient des primes de succès en fonction de la puissance installée, de l’ordre de la centaine de milliers d’euros par mégawatt installé, quand elles ne revendent pas directement les permis obtenus au prix fort, par exemple à des fonds d’investissement. Ces « entrepreneurs de l’éolien » ont eu l’intelligence et le mérite de flairer la bonne affaire, et s’engouffrer dans l’appel d’air qu’à représenté… la manne du tarif de rachat garanti. Le risque aura été minime compte tenu du bénéfice engrangé en quelques années, une fois les permis obtenus. Le propos ici n’est pas de blâmer ou d’appeler à la moralisation, mais bien de révéler une forme de niche qui aura représenté, pour une poignée de personnes bien au fait de la législation et avec certes des compétences, un carnet d’adresse et une intelligence remarquables, une belle opportunité. Vertu supplémentaires et bouclier anti-critique, ces braves travailleurs de l’éolien sont plus ou moins des bienfaiteurs de l’humanité, en leur qualité d’écologistes[9]… Sans leur reprocher d’avoir bien compris les règles - pas si complexes - de ce Monopoly version énergie, on peut se demander ici si elles ne méritent pas d’évoluer, afin, en période de disette, de faire baisser la facture du consommateur. Enfin autre question : la poursuite de ces intérêts privés est elle compatible avec celle de l’intérêt public, ici la diminution de la production de gaz à effet de serre ? Gestion privée contre gestion publique La gestion par des sociétés privées, si on ne peut pas supposer qu’elle soit plus mauvaise que celle de l’électricien national, ne bénéficie pas des économies d’échelles en termes de coût de gestion (maintenance des parcs, suivi de la production) d’un opérateur unique. La qualité des prestations, notamment du rapport avec les riverains et exploitants agricoles, sera également variable selon la politique de l’opérateur[10]. Enfin, le manque de transparence lors du développement est souvent évoqué : et pour cause, dans cette activité attractive (près de 200 sociétés de développement adhérentes de la FEE[11]), il ne fait pas bon communiquer avant un stade avancé de développement. Il est donc souvent reproché aux promoteurs de ne pas donner d’informations sur la configuration du site, susceptible d’évolution jusqu’au dépôt du permis de construire. Cette stratégie, pas toujours mise en œuvre, permet aussi d’éviter les foudres de riverains inquiets des problèmes de bruit ou de la dénaturation du paysage (qu’on peut craindre de se voir accompagnée d’une dévaluation immobilière). Absence de vision d’ensembleMais le problème essentiel d’un développement « libéral » de ce moyen de production – et celui dont l’impact est le plus difficilement chiffrable – est sans doute l’absence de vision d’ensemble. Certes, la France s’est fixée des objectifs à l’échelle du pays, mais aucun plan de développement de l’énergie opposable n’a été mis en œuvre, avant les schémas régionaux climat air énergie (SRCAE) : quelles régions développer en priorité, selon quels critères ? Seuls, le marché, l’abondance de la ressource en vent et la bonne - ou mauvaise - volonté des administrations locales, des préfets et des collectivités ont influencé la priorité du développement. Alors que justement la ressource en vent est répartie en trois régimes distincts, qu’il conviendrait d’exploiter de façon coordonnée pour optimiser la régularité de la production, fatale* par nature. A l’échelle d’un projet, les accords des propriétaires fonciers (exclusifs avec un promoteur), généreusement indemnisés, dictent l’implantation une fois les critères techniques intégrés. Avec pour conséquence des projets parfois peu harmonieux du point de vue paysager, des régions très densément équipées et d’autres vides (Aquitaine, Alsace par exemple, quand la Champagne Ardennes ou Picardie sont largement dotées[12]). Le principe de subsidiarité de la décentralisation est ici au centre de la problématique, le lissage de la production se faisant finalement au niveau national voire – et la problématique se complexifie encore ici – européen. L’énergie, voilà qui pourrait faire l’objet d’une politique commune pour le bénéfice de tous. ConclusionSans prétendre que la gestion publique soit nécessairement meilleure que la gestion privée, on voit mal comment la mise en concurrence des développeurs de projets, et surtout des producteurs d’électricité, qui ont pour client unique RTE, bénéficie au consommateur dans le domaine de l’éolien. Une situation d’autant plus problématique que le surcoût est directement refacturé au consommateur via la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité[13]), une contribution au service public pour le moins étonnante quand elle bénéfice notamment à des fonds d’investissements, aux exigences de taux de retour à deux chiffres[14]. Le débat sur l’énergie, engagé ou intensifié depuis l’accident nucléaire de cet hiver et les divers « incidents » dans nos centrales vieillissantes ne devrait-il pas, en plus de se poser la question des risques industriels et de la transition vers les énergies renouvelables, s’intéresser aux modalités de développement de l’énergie en général ? Alors que la crise met nos modèles économiques en difficulté, ne serait il pas temps de revenir sur l’organisation même de cette industrie ? La gauche, qui revendique désormais la nécessité de développer les énergies renouvelables, aurait intérêt à travailler sur des modalités de développement alternatives, et aurait là l’occasion de se démarquer intelligemment des écologistes.
T.S.
Encadré – éléments techniques * Une source d’énergie est dite fatale lorsque sa production dépend fortement des conditions météorologiques : c’est le cas de l’éolien et du solaire notamment. Pour RTE (Réseau de transport d’électricité, gestionnaire de réseau) la production éolienne est prévisible 48h à l’avance, avec une précision de 95% (IPES, du vent dans le réseau. Systèmes Solaires, le journal des énergies renouvelables n°195). La puissance est donc une grandeur peu appropriée à la quantification des sources d’énergie fatales et surtout pas à la comparaison avec d’autres sources. La capacité de prévision de la production, associée à un renforcement du réseau, permet de substituer par l’éolien des moyens de production démarrant rapidement (hydroélectrique, thermique à flamme) et ainsi de réaliser des « économies » de CO2. Facteur de charge : il s’agit de l’équivalent du temps de fonctionnement d’une source d’énergie si elle ne fonctionnait qu’à sa puissance nominale (puissance maximale de fonctionnement). De l’ordre de 80% pour une centrale nucléaire, 23% pour le parc éolien, 11% pour le parc solaire (RTE, bilan prévisionnel 2011). Rappelons que : énergie=puissance*temps ; c’est l’énergie qui est facturée.
[1] Lire à ce propos : l’article de JADE LINDGAARD “la Transition énergétique est un mirage” http://www.mediapart.fr/journal/economie/150612/la-transition-energetique-est-un-mirage [3] Données : syndicat des énergies renouvelables www.enr.fr [4] L’European Platform Again Windfarms revendique regrouper des associations de 22 pays. http://epaw.org/ [5] Arrété du 17 novembre 2008 fixant les conditions d’achat […] : [6] Guide de recommandations relatives à l’implantation d’éoliennes sur des parcelles agricoles, Fédération Energie Eolienne, http://fee.asso.fr/content/download/1719/6920/version/1/file/Protocole+national+%E9olien.pdf [7] On ne trouve pas de traces de loyers aussi élevés, ces chiffres se basent sur des témoignages. Voir cependant : http://www.neoen.fr/FAQ/questions-eolien.php et http://www.estelenerg.org/archives/eoliennes.htm [8]Par exemple Axa Private Equity : http://www.greenunivers.com/2009/08/axa-private-equity-eolien-10632/ [9] On prendra en exemple emblématique Jean Michel Germa , 149e fortune de France tout de même, et ce en quelques années. Bien joué. Le graphique est éloquent : http://www.challenges.fr/classements/fortune/fiche/jean-michel-germa;2057.html [10] A ce sujet voir : http://www.lagazettedescommunes.com/118144/eolien-terrestre-93-des-elus-satisfaits-de-leurs-parcs/ une étude plutôt légère à lire avec precautions (noter que seuls 30% des maires interrogés ont souhaité s'exprimer...) [12] Voir http://www.suivi-eolien.com/index.php?section=suivieolien&〈=francais
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