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| Hollande, Lord Byron de la modernité ? |
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| Écrit par Jean-Laurent Lastelle | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Dimanche, 13 Mai 2012 19:31 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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Il était une fois l’aboutissement d’une histoire du libéralisme, finançant par l’exploitation du monde et l’externalisation de l’assistance le développement de leurs économies. A force de croire que la richesse et la charité étaient les locomotives du monde (et non le travail et les services publics), le système modéra les salaires, préserva fiscalement la rente et comprima la demande intérieure. A force de voler le même être, il se trouve à un moment qu’il n’y a plus rien à voler. Désappointés de ne plus pouvoir voler leurs marchés intérieurs, les spéculateurs virent le monde et se jetèrent dessus, espérant y exploiter une autre demande, extérieure cette fois. Las, tous leurs homologues voleurs avaient agi de même, et se lançaient dans la Rigueur, seul moyen de financer avec la vente des actifs sociaux les réformes fiscales préservant leurs statuts d’oligarques. La spirale infernale se mit en place : austérité, diminution des dépenses publiques, chute des recettes fiscales due à l’inévitable perte de croissance, dépréciation des investissements publics. Les investisseurs, pris de panique, s’arrachent ce qui reste : les dettes des Etats, les monnaies, les anciens services publics privatisés… Mais leur ardeur pousse à la hausse des taux d’intérêt, eux-mêmes renchérissant la dette. UN général vaincu demeure parfois général. Les institutions européennes et les pouvoirs libéraux, eux-mêmes pris de panique, acceptèrent le compromis des marchés de tout faire pour étouffer la seule solution possible : la reprise en main des peuples, une réorganisation de la production qui les menacerait. C’est ainsi que naquirent les réformes fiscales de MM. Sarkozy, Berlusconi, Aznar, Schröder ou Cameron, préservant les plus fortunés, dont le manque à gagner pour les Etats fut suivi du transfert vers les banques de fonds de sauvetage sans aucune contrepartie de contrôle. La France et la Grèce viennent de s’élever contre ce cauchemar. En France, le pouvoir conservateur battu le 6 mai dernier attaquait la gauche de M. Hollande comme poussant infailliblement le pays vers une soumission absolue aux diktats des marchés financiers. « Avec la gauche, vous aurez la Grèce, vous aurez l’Espagne…» répétaient comme une litanie laborieuse les soutiens du libéralisme de droite, plaquant sur la réalité non pas des analyses économiques, mais un bon sens grossier qu’heureusement, tout le monde ne partage pas. « Vous aurez la Grèce…» car, grognaient-ils, l’absence de réformes structurelles en France mènera à l’explosion des déficits, le renchérissement du coût de la dette, donc l’imposition brutale de compressions salariales et de privatisations par des marchés las de prêter si généreusement. « Heureusement qu’il y a les marchés » balbutient l’oligarchie internationale, lamentable miroir de l’« heureusement qu’il y a des riches », car ce sont eux, magnanimes, qui payent des impôts et nourrissent les pauvres. Or, ici comme ailleurs, ils se trompaient. Avec Nicolas Sarkozy, nous étions déjà en Grèce. Non pas celle des héros d’Homère, des sacrifices aux dieux ou des éducations exaltant le courage et les victoires, mais celle de la renonciation à toute souveraineté et d’une énorme supercherie. L’Athènes de MM. Papandréou et Papademos a tout sacrifié à la banque centrale et à la Commission européenne, le Paris de M. Sarkozy au gouvernement allemand. En élisant le candidat socialiste à la Présidence de la République, le peuple français inflige un camouflet cinglant au pouvoir conservateur libéral, dont la réélection était pourtant favorisée par le principe du quinquennat. La promesse de François Hollande de renégocier le traité européen du 30 janvier colora sa campagne d’un espoir qui ne saurait être déçu : en imposant l’adoption de correctifs budgétaires (un déficit structurel de moins de 0,5% du PIB) par des sanctions non moins automatiques (des amendes immédiates prononcées par la Cour de justice) ce texte immonde bride la souveraineté des peuples européens d’une manière inédite et revient à décider Waterloo dans un salon. Paris menaçait, Athènes gronda. La coalition de gauche Syriza, arrivée en tête chez les jeunes, les chômeurs et à Athènes, fut la révélation des élections législatives. Avec 16,8% des voix, Syriza talonne la formation conservatrice de droite Nouvelle Démocratie (ND) qui, avec les sociaux libéraux du Pasok, gèrent les programmes de rigueur imposés par l’Europe depuis 2009. Alexis Tsipras, le jeune chef de la coalition, éprouvent bien entendu le plus grand mal pour organiser un gouvernement majoritaire, la loi électorale accordant une prime de cinquante sièges au parti arrivé en tête des suffrages et privilégiant ainsi la droite. La situation ressemble à celle que nous avons connue en 2005 : les peuples français et néerlandais rejetèrent sèchement le traité instituant une constitution européenne pour des raisons fort claires, ce qui incita les gouvernements nationaux à l’imposer tout de même sous la forme du traité de Lisbonne du 13 décembre 2007. Ainsi, si la Grèce ne forme pas une coalition gouvernementale avant le 17 mai, de nouvelles élections seront organisées, faisant espérer aux gouvernants moralistes une majorité plus solide aux soutiens du plan de rigueur de l’Europe et du FMI. Comme toujours, et contrairement aux désirs des élites voltairiennes anglo-scandinavophiles, la vérité de l’époque n’est pas à chercher au Nord, mais au Sud. Exclure la Grèce de l’Europe serait une grave erreur, puisqu’elle l’incarne. L’Europe s’enfonce en effet dans une haine de la démocratie dont la situation grecque révèle les caractères : - tout d’abord un désespoir profond des travailleurs et des classes populaires qui, poussés à la haine par un spectacle médiatique et politique exaltant l’ordre, la sécurité, la frivolité et la résignation, deviennent désespérés, fascistes ou perdus ; - un discours politique d’abandon au consensus international libéral privilégiant la rente : la frénésie de M. Sarkozy, le rictus de M. Berlusconi, le calme de M. Monti ou la solidité de Mme Merkel n’étant que des masques d’apparat pour téléspectateurs, cachant un profond légitimisme, exploitant n'importe quelle situation pour conduire leur politique, l'éternelle politique de la droite, celle du soutien à la classe oligarchique par ponction des ressources publiques, de la petite bourgeoisie et des pauvres, et par une pratique démocrate la plus étroite possible; - l’émergence d’une gauche qui construit un discours d’action sur les leviers de production des inégalités, incarnés par MM. Mélenchon en France, Vendola en Italie, Tsipras en Grèce et même Mme Lötzsch et M.Ernst en Allemagne. Cette gauche ne parvient toutefois pas à peser durablement sur les pouvoirs par l’impossibilité de ramener à elle les gauches de gouvernement, apeurées d’une rupture avec les institutions de Francfort et Bruxelles. Il ne s’agit pourtant pas de s’en séparer, mais de les conquérir ; - enfin, l’irrespect des votes, référendum français ou nouvelles élections grecques, par l’organisation de nouveaux scrutins plus conformes aux intérêts des marchés.
Renions le traité de Bruxelles, rencontrons M. Tsipras, donnons un signal de libération à l’Europe enchaînée ! Dans les années 1820, la jeunesse européenne éprise d’idéal prit la route de la Grèce pour qu’elle conquière son indépendance. On imagine encore la fougue et le courage de Lord Byron soutenant l’ardeur guerrière des troupes de Botzaris. Nous appelons François Hollande à maintenir sa promesse de renégociation du traité de Bruxelles affameur des grecs et oppresseur des peuples. Ce que le romantisme anglais fit jadis pour le peuple grec, c’est aujourd’hui au socialisme français de l’accomplir.
Jean-Laurent Lastelle Ndr: le présent article a été publié par le Nouvel Observateur le 11 mai 2012 Retrouvez sur L'Assaut nos précédentes analyses sur la Grèce :
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